Syrie : la crise d’Idleb, un test pour la « lune de miel » russo-turque

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La tension grandissante entre la Turquie et le régime syrien, allié de la Russie, dans le nord-ouest de la Syrie mettent en péril la « lune de miel » entre Ankara et Moscou, qui ont renforcé leurs liens ces derrières années malgré des intérêts parfois inconciliables.

Les rapports complexes qu’entretiennent la Turquie et la Russie sont une nouvelle fois mises à l’épreuve par les combats meurtriers qui ont opposé l’armée turque et les forces syriennes dans la région d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie.

Moscou, soutien indéfectible du régime du président Bachar al-Assad, et Ankara, qui appuie et finance certains groupes rebelles syriens, ont renforcé leurs liens ces derrières années malgré des intérêts divergents, voire même inconciliables, en Syrie. De même en Libye, où ils soutiennent des camps opposés.

La tension est montée de plusieurs crans, lundi 3 février, dans la province d’Idleb, lorsque l’artillerie syrienne a visé des positions turques, faisant huit morts – 7 militaires et un civil turcs. Ankara a immédiatement répliqué en bombardant les forces syriennes, tuant au moins 13 soldats. Si le président turc Recep Tayyip Erdogan a adressé plusieurs mises en garde au régime syrien, il a néanmoins appelé la Russie de faire davantage d’efforts pour contrôler son allié et prévenu mercredi qu’il riposterait à toute nouvelle attaque, sans en avertir Moscou.

« Cette escalade à Idleb va tester la résistance des relations entre Erdogan et Poutine. On ne peut plus parler d’une simple lune de miel entre ces deux hommes forts », déclare à l’AFP Emre Kaya, du centre de réflexion Edam à Istanbul. Même si le président turc s’en prend surtout à Damas, « sur le terrain, les empreintes russes sont bien présentes », ajoute-t-il, rappelant que des unités syriennes menant l’offensive à Idleb « sont formées et équipées » par Moscou.

Le front d’Idleb est stratégique pour le régime syrien, qui contrôle désormais plus de 70 % de la province, après avoir enregistré plusieurs victoires, avec l’appui de l’aviation russe. De facto, en raison de cette avancée sur le terrain, des postes d’observation militaires turcs, installés autour d’Idleb dans le cadre d’un accord de désescalade signé entre Ankara et Moscou en 2018, se sont retrouvés dans des zones reconquises par le régime.

Realpolitik et pragmatisme

Cette poussée de fièvre en Syrie est-elle de nature à brouiller la relation, qualifiée par Recep Tayyip Erdogan de « stratégique » ? Se dirige-t-on vers un climat de tensions équivalent à la grave crise diplomatique née de la destruction d’un avion-bombardier russe par l’aviation turque en novembre 2015, et qui avait débouché sur des sanctions économiques réciproques ?

Rien n’est moins sûr. Recep Tayyip Erdogan a lui-même souligné mardi qu’il ne voyait pas l’intérêt « d’entamer une confrontation d’envergure avec la Russie », mettant l’accent sur les « nombreuses initiatives stratégiques » russo-turques. Pour les analystes, une crise entre les deux puissances, issus de deux empires longtemps rivaux sur la question de la domination de la Méditerranée orientale, est improbable, tant la coopération dans plusieurs domaines politiques, économiques, énergétiques et sécuritaires, s’est approfondie depuis juin 2016 et la fin de la brouille sur le Soukhoï abattu par les Turcs.

La Turquie, membre de l’Otan, s’est dotée l’année dernière du système russe de défense antiaérienne S-400, malgré les menaces de sanctions de Washington. Début janvier, les deux chefs d’État ont inauguré le gazoduc TurkStream qui symbolise leur rapprochement et acheminera du gaz russe en Turquie et en Europe.

« Ankara et Moscou sont contraints de coopérer et de maintenir de bonnes relations, car les deux pays sont économiquement interdépendants », souligne Jana Jabbour, spécialiste de la diplomatie turque à Sciences Po Paris, citée par l’AFP.

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